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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 19:15

 Les tours reviennent en force à la Défense. Après l’annonce d’un plan destiné à faire du quartier un « pôle d’excellence » économique, selon les termes de Nicolas Sarkozy, les projets de travaux se multiplient. Plus audacieux, plus environnementaux. Les entreprises rivalisent d’ingéniosité, mais derrière ces apparences clinquantes, le débat sur les tours reste d’actualité.

Aussi haute que la Tour Eiffel, elle sera le symbole du renouveau de la Défense (Hauts-de-Seine). La tour Phare, c’est le projet des plus ambitieux qu’Unibail a confié à l’agence américaine Morphosis fin novembre 2006. Livré en 2012, le bâtiment, dont la construction devrait commencer l’année prochaine, est le point central du plan de relance du quartier d’affaires de l’ouest parisien.

Présenté le 25 juillet 2006 par Nicolas Sarkozy, alors président de l’Etablissement public pour l’aménagement de la Défense (EPAD), ce plan prévoit la rénovation de certaines tours devenues obsolètes. Les salariés d’Axa ont déjà quitté la tour CB 31, qui doit être réhabilitée. Autre volet, la démolition-reconstruction d’immeubles anciens. Enfin, la construction de tours neuves, à hauteur de 300 000 m², est prévue d’ici à 2013.

Ce projet s’inscrit dans un contexte de polémique sur les tours, peu après la crise traversée par la mairie de Paris à propos du nouveau plan local d’urbanisme de la capitale. Bertrand Delanoë souhaitait la reprise de la construction d’immeubles de grandes hauteurs à l’intérieur de la ville, mais une partie de son équipe municipale s’y était violemment opposée. Le débat est désormais rouvert.

Pourtant, le plan de relance semble plutôt consensuel. Dans son discours, Nicolas Sarkozy avait justifié cette décision par la nécessité de « continuer la course en tête, face à des projets comme ceux de City Life à Milan ou Moscou City ». La concurrence internationale fait rage lorsqu’il s’agit d’attirer les grandes entreprises. À la Défense, le constat est sans appel. « En 1995, dix groupes mondiaux étaient implantés sur le site. Aujourd’hui, il n’en reste que trois. Londres attire le quart des implantations d’entreprises en Europe, contre 5% pour l’Ile-de-France », confirme Pauline Starck, chargée des relations presse à l’EPAD.

Jacques Kossowski, maire de Courbevoie, va plus loin. « Sans le plan de relance, c’est la mort de la Défense. » Le quartier d’affaires est en retard sur ses voisins européens, et a perdu beaucoup de son attractivité économique. « Les sièges sociaux s’en vont. Quand une tour se vide, ce sont 3 000 personnes qui partent ».

L’EPAD tente de lutter contre ce phénomène par de nombreux moyens. Pour faire venir les entreprises, il participe à des salons de l’immobilier et se rend dans les grandes villes européennes pour démarcher les sociétés, explique Pauline Starck. Des avantages financiers sont offerts aux propriétaires et aux maîtres d’ouvrages.

« Des gestes architecturaux remarquables »

Plusieurs grands chantiers sont déjà en route, comme celui de la tour Granite sur le secteur de Nanterre, pour la Société Générale, et la T1, sur Courbevoie, pour le groupe Colony Capital. Mais ces tours dernière génération n’ont rien en commun avec leurs prédécesseurs. La recherche du design est désormais un impératif pour les entreprises, qui font souvent appel à des architectes reconnus. « Aujourd’hui, les entreprises sont moins frileuses sur les formes, » constate un architecte de chez Valode et Pistre, l’agence française à la mode, qui travaille sur le chantier de la T1.

Anne Nguyen, de l’agence de communication d’Unibail, définit la future tour Phare comme « un emblème sur le plan architectural ». Ses formes courbes devraient trancher avec tous les bâtiments déjà présents. Dans un autre style, la tour Générali, avec ses cinq pics dressés vers le ciel, mettra une touche gothique dans le paysage urbain. À la Société Générale, Catherine Berthier explique que le choix de Christian de Portzamparc, titulaire de la chaire « création artistique » au Collège de France, pour construire la tour Granite, « n’est pas un hasard ». « Une grande signature architecturale est toujours plus intéressante commercialement », c’est pourquoi l’entreprise en a fait une ligne de conduite pour chacun de ses immeubles.

À cette volonté d’esthétique s’ajoute un désir de protection de l’environnement. Anne Nguyen affirme que la tour d’Unibail respectera « les impératifs du développement durable ». Les architectes réalisent désormais des tours économes en énergie grâce aux nouvelles technologies. Les entreprises mettent en avant le label HQE (haute qualité environnementale) qui réglemente la construction dans une optique plus écologique. Catherine Berthier le définit comme « une démarche citoyenne » pour la Société Générale.

À un niveau plus large, Bernard Bled, directeur général de l’EPAD, voudrait organiser à la Défense un rendez-vous mondial des quartiers d’affaires, à l’automne 2007, pour mettre en place une charte commune de protection de l’environnement.

Pourtant, certains ne sont pas dupes de cet engouement pour l’environnement. Plusieurs agences d’architectes prévoient des turbines éoliennes pour couronner leurs tours. C’est le cas entre autres de Valode et Pistre, mais l’un de leurs architectes qualifie ce projet d’ « utopique ». « Une tour écologique, c’est un non-sens », assène-t-il. Prétendre cela, « c’est une image, c’est de la pure communication ».

Et cette communication a un prix non négligeable, puisqu’elle majore les coûts de construction de 10 à 20%. Pour la tour Phare, Unibail devra donc débourser plus de 800 000 €.

Vivre en harmonie avec son environnement

Ces nouvelles préoccupations mettent en lumière un point essentiel, l’intégration de la tour dans le paysage urbain. Si les Parisiens y sont aussi réticents, c’est en grande partie dû à l’échec de la tour Montparnasse. « La tour entretient un dialogue avec la ville, elle ne doit pas être un obstacle, » affirme-t-on chez Valode et Pistre. Les surfaces vitrées, très utilisées aujourd’hui, sont des reflets de la ville. Ce n’est pas l’avis de certains riverains. « Ce n’est pas beau, » soupire M. Chaix, retraité habitant non loin du chantier de la tour T1. « Ils mettent du moderne dans un quartier où les maisons sont vieilles ».

Le ras-le-bol vient surtout de la concentration des tours. Elles sont un gain d’espace au sol non négligeable, mais trop, c’est trop. « C’est serré. Avant, de notre fenêtre, on avait une petite échappée vers Argenteuil. Mais maintenant, on ne voit plus rien, » confient M. et Mme Pelatan, un couple d’enseignants de Nanterre. « Ça pousse comme des champignons », constate Brahim, épicier dans le quartier Valmy. L’image est bien trouvée. Au rythme d’un étage par semaine, les actuelles tours en construction grandissent à vue d’œil.

La concentration, c’est aussi ce que reproche la municipalité de Nanterre, dont le maire, Patrick Jarry, a été le seul à s’opposer au plan de relance. Le premier problème, c’est que cela contribue à « renforcer les déséquilibres de la région Ile-de-France au niveau économique », explique Thierry Desfresnes, collaborateur de la mairie. Il pointe aussi du doigt la « cohésion sociale », oubliée par les pouvoirs publics. La Défense continue de grandir et d’attirer de nouveaux salariés, mais les transports en commun sont « saturés ». Le manque de logements devient critique : le quartier accueille 150 000 salariés mais seulement 20 000 habitants. Le paradoxe se prolonge dans le secteur de l’emploi. Le site est « un territoire de pointe économiquement », mais entouré de secteurs en « déshérence totale ».

Pour arriver à cette cohésion, il est nécessaire d’humaniser le quartier. « Il n’est pas admissible que la vie s’arrête à 20h à la Défense », lance Jacques Kossowski. Les habitants regrettent ce phénomène de désertification. « Le dimanche, il n’y a personne, c’est désolant, » se plaignent M. et Mme Pelatan. L’EPAD y répond par la mise en place d’activités évènementielles, mais aucune mesure de fond ne semble prise pour contrer ce processus.

Finalement, la Défense revient dans la course à la compétitivité économique. Londres et Milan n’ont qu’à bien se tenir, mais les habitants, eux, peuvent rester fatalistes.

 

Encadré : La Défense au conditionnel

Imaginez une tour de plus de 700 m de haut, en forme de fusée longiligne maintenue par trois pieds, qui aurait servi d’antenne de télévision à 250 km à la ronde. C’était le projet insensé que l’architecte belge Polak avait conçu pour la Défense dans les années 60.

Depuis sa création en 1958, le site a cristallisé les rêves architecturaux les plus ambitieux. Avant 1983 et la construction de la Grande Arche, des idées folles voient le jour, pour trouver le bâtiment qui prolongera l’Axe Historique formé par la place de la Concorde, les Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe.

En 1964, la tour Lumière cybernétique du sculpteur Schöffer est évoquée. Deux mille projecteurs de grande puissance et autant de flashes auraient dû illuminer le ciel parisien, les faisceaux et les couleurs changeant en fonction des tendances de la Bourse, de la météo ou des embouteillages.

Six ans plus tard, le sino-américain Peï lance l’idée d’une grande tour en Diapason, en forme de V et de 210 m de haut.

En 1971, Emile Aillaud propose de fermer l’axe par deux immeubles concaves de 300 m de long sur 70 m de haut. Leur face interne serait composée de miroirs paraboliques, l’un argenté et l’autre noir, pour offrir à la ville une double image d’elle-même.

Tous ces projets seront finalement abandonnés.

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Vendredi 1 décembre 2006 5 01 /12 /Déc /2006 17:28

Cet exercice consistait à transposer la Madame Bovary de Flaubert à notre époque, tout en respectant le style de l'auteur. Emma regrette de vivre à la campagne, d'avoir une vie si monotone auprès d'un homme sans surprise qu'elle n'aime pas...

Elle s’acheta un plan de Paris et, avec un stylo rouge, elle entourait les lieux qui la faisaient rêver : l’avenue Montaigne avec ses boutiques de grands couturiers, l’avenue des Champs-Elysées et ses grands restaurants, ses boîtes de nuit branchées… La capitale, plus vaste que l’Océan, miroitait aux yeux d’Emma des mille attraits du plaisir. Chaque jour, après le déjeuner qu’elle passait toujours seule, Charles prenant ses repas à la cantine du Crédit Agricole, où il occupait un poste d’assistant commercial, elle ouvrait l’un des magazines « people » qu’elle achetait régulièrement. Il y avait toujours une pile de Gala, Voici, Paris Match et VSD sur sa petite table de nuit IKEA, que Charles avait monté lui-même, et il en traînait une quantité impressionnante partout dans la maison, depuis les toilettes jusque dans la cuisine, car elle ne les jetait jamais. Tout en poussant de profonds soupirs, elle tournait les pages et lisait lentement, sans sauter une ligne, les articles sur le mariage de Brad Pitt avec Jennifer Aniston, ou sur la naissance du premier enfant de Clotilde Coureau et Victor-Emmanuel de Savoie. A peine le magazine refermé, elle serait irrémédiablement ramenée à la réalité. Alors , parfois, elle le relisait une ou deux fois de suite, pour rester plus longtemps dans ce monde de paillettes qu’elle affectionnait. Dès qu’elle avait fini de lire, son regard se perdait dans les plis du rideau jaunâtre, cadeau de la mère de Charles, qui couvrait la fenêtre, et sa pensée vagabondait.

« Pourquoi, mon dieu, me suis-je mariée ? » se répétait-elle tout en évoquant sa vie désespérément monotone. Charles travaillait à heures fixes, mangeait à heures fixes, dormait à heures fixes, l’embrassait même à heures fixes, et la moindre perturbation de son emploi du temps le dérangeait. Leur existence était mieux organisée que la visite d’un chef d’état au Palais de l’Elysée.

Tous les samedis, elle prenait le RER qui la conduisait à Paris. Pendant le trajet, bercée par le grincement des roues, elle se sentait différente de tous ces gens ordinaires qui montaient ou descendaient à chaque station. Mais peut-être qu’un jeune homme, différent lui aussi, prenait ce même RER, et elle le cherchait des yeux, essayant de le reconnaître dans la foule des voyageurs. Elle descendait toujours à la station Charles-de -Gaulle-Etoile, puis elle errait autour des lieux qu’elle avait marqués de rouge sur son plan. Ah, si les choses s’étaient passées autrement ! Elle serait revenue dans ces mêmes lieux le soir, entourée par une bande de jeunes gens riant très fort et dépensant son argent sans compter dans les boîtes de nuit les plus en vue de la capitale. Elle serait arrivée en limousine devant les Bains-Douches, et les passants auraient admiré sa robe Prada à la dernière mode tandis que le videur, qui la connaîtrait bien, l’aurait laissée entrer avec un sourire. Toute la nuit, elle aurait dansé sur la piste enfumée, sous les éclairs des stroboscopes et les boules à facettes, au son du dernier David Guetta ou Laurent Wolf. L’été à Saint-Tropez, l’hiver à Courchevel, elle serait devenue l’égérie de la jet-set, invitée à toutes les soirées, tous les galas…

Mais sa vie restait sans relief, et les heure passées chez elle s’étiraient démesurément, comme les chewing-gums que les enfants s’amusaient à allonger le plus possible quand ils jouaient dans le square. Elle partageait son désespoir avec Rubis, son petit chihuahua brun. Elle avait voulu un chien depuis que, lisant Voici, elle avait vu des photos de Paris Hilton avec son propre chihuahua, Tinkerbell. Charles, n’osant la contrarier, lui avait offert la réplique exacte de celui du magazine. Et Emma passait désormais son temps à lui fabriquer des petits vêtements, qu’elle changeait selon la mode ou la saison, ou des colliers couverts de breloques et de strass. Et tout en promenant Rubis jusqu’au petit parc Alexandre Dumas, à trois rues de chez elle, elle attendait, espérait sans fin une rencontre avec un acteur de cinéma qui la remarquerait et l’emmènerait avec lui, de fêtes privées en galas de charité.

Puis tous les soirs, allongée dans le noir à côté de Charles qui ronflait déjà, un bras pendant hors du lit, elle restait longtemps les yeux ouverts à fixer un point dans l’obscurité, tandis qu’une phrase tournait dans sa tête comme un manège de fête foraine :

« Peut-être demain !  Peut-être demain !  Peut-être demain !… » 

 

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Jeudi 23 novembre 2006 4 23 /11 /Nov /2006 21:20

    Le verbe est assassin à l’Assemblée nationale. Les porte-parole des groupes ont fait assaut de piques hier après-midi, lors de la deuxième journée de débat sur le projet de loi de prévention de la délinquance. Ils se sont exprimés devant la cinquantaine de députés présente dans l’hémicycle.

    Le député UDF de Seine-Saint-Denis M. Lagarde a déclaré au ministre de l’Intérieur que « les débats excessifs, les critiques souvent sans rapport avec le texte et les jugements hâtifs sur la situation objective de la délinquance sont plus liés à votre qualité de candidat à l’élection présidentielle (…) qu’au projet de loi que vous présentez. »

    A l’opposé, M. Vaxès, député communiste des Bouches-du-Rhône, a d’abord rappelé que Nicolas Sarkozy n’avait pas assisté à la totalité du débat mardi, avant d’attaquer sur le fait que le ministre « utilise les drames les plus odieux, les plus insupportables et les plus condamnables pour servir son argumentation ». Il a continué en comparant le texte à « une bombe qui explosera au cœur de la République et blessera gravement ses valeurs les plus essentielles ».

   Dans le même sens, M. Ayrault, président du groupe PS à l’Assemblée, a invité M. Sarkozy à « assumer [sa] responsabilité » à propos de l’augmentation des violences sur les personnes. Le député a déploré le discours du ministre sur le laxisme des juges, qui a remis en cause la Justice toute entière. L’estocade est venue du rappel des mots de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense et membre de l’UMP, qui a accusé le numéro deux du gouvernement d’avoir « trop souvent insinué l’idée pernicieuse qu’un jeune était un délinquant en devenir ».

    A son tour, M. Goasguen, député UMP de Paris, est entré dans la bataille, en dénonçant les « procès d’intention » de la gauche. Il a souligné les contradictions du PS dans une allusion explicite à Ségolène Royal, qui recommande l’encadrement militaire des jeunes délinquants. Une mesure ouvertement répressive que la gauche n’admet pas selon lui dans le projet de loi de la droite.

    Finalement, le principal intéressé, M. Sarkozy, a pris le micro pour distribuer, contre toute attente, compliments et remerciements à la ronde. Sans doute une façon de se placer au dessus de la guerre des partis.

 

 

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Vendredi 17 novembre 2006 5 17 /11 /Nov /2006 19:32

J'ai écrit ce texte lors d'un atelier d'écriture romanesque auquel j'ai participé au cours de ma licence de lettres modernes à la Sorbonne. L'exercice était le suivant : raconter une des anecdotes des Exercices de style de Raymond Queneau à la manière de Patrick Modiano. A vous de juger...

 

A cette époque, je travaillais pour la société de courtage en assurances Surevie, dont les bureaux, avenue de Suffren, se trouvaient non loin de la rue du Laos, où j’avais loué une chambre de bonne pendant mes études à l’université. Ce jour-là, le bus de la ligne S , que je devais prendre tous les matins pour rejoindre mon bureau, n’était pas surchargé. Le temps était brumeux. Je voyais par la vitre défiler des immeubles élégants. Ceux qui bordaient l’avenue de la Grande Armée. Puis la place de l’Etoile, l’avenue d’Iéna. La pluie et le brouillard noyaient les contours des bâtiments dans une lumière triste. A l’avant de l’autobus, un homme était debout. Je me rappelle seulement quelques traits de sa silhouette. Grand et mince. Un long cou. Portant un chapeau entouré d’une tresse. Quel âge pouvait-il avoir ? Il semblait plutôt jeune, sans doute n’avait-il pas la trentaine. Je le vis se pencher vers un autre passager, et lui reprocher de l’avoir bousculé. Son voisin lui aurait marché sur les pieds, disait-il. Le bus était passé au pied de la Tour Eiffel , et longeait maintenant le Champ de Mars. Les jeunes gens s’y retrouvaient les soirs d’été, au pied de la statue du maréchal Joffre, pour discuter ou jouer de la musique. Bruits des conversations, accords des guitares, voix douces des filles qui chantaient… Moi-même, passant quelquefois par là pour rejoindre l’hôtel Cristal, où j’allais boire un verre avec des collègues, j’avais écouté avec nostalgie les airs fredonnés par ces étudiants insouciants. L’un deux  me restait en mémoire par-delà les années, une chanson des Beatles… yesterday… I’m not half the man I used to be… Cette époque me semblait si lointaine, même définitivement disparue… Why she had to go I don’t know… Comme dans un rêve, je revoyais les pelouses se peupler de silhouettes imprécises… oh yesterday came suddenly… A côté de moi, l’homme au long cou avait aperçu une place libre. Il s’était précipité vers elle et s’était assis. Oh I believe in yesterday…

 

Je le revis plus tard. Je descendais la rue de Rome, flânant devant les vitrines des magasins d’instruments de musique, fermés à cette heure tardive. Plus tôt dans la journée, la Flûte de Pan, le plus célèbre d’entre eux, avait accueilli des hordes de musiciens. J’en avais été moi aussi un client assidu l’année de mes onze ans, y entraînant mon père exaspéré presque tous les samedis. J’avais alors l’espoir d’y retrouver mon professeur de piano, Mademoiselle Vitali, dont j’étais secrètement amoureux. Je garderai toujours en mémoire le souvenir merveilleux du soir ou mon père m’avait emmené à l’un de ses concerts à la salle Gaveau. Derrière son piano, transportée par la musique du Carnaval des Animaux de Saint-Saëns, elle me semblait un ange. Aujourd’hui, je ne revois plus les détails de son visage. Etait-elle seulement jolie ?

L’homme de l’autobus se trouvait devant la gare Saint Lazare. Il enfilait un pardessus gris. Un ami l’accompagnait. Alors que je les dépassais, j’entendis des bribes de leur conversation. Son compagnon lui conseillait de fermer un bouton de plus. Mais déjà je m’éloignais, et le son de leurs voix se fondit dans les bruits de la ville.

 

Par constance - Publié dans : délires de plume
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Vendredi 10 novembre 2006 5 10 /11 /Nov /2006 16:03
Sweet sixties


« Yesterday… » Ce terme, emprunté aux Beatles, pourrait être le titre du nouveau roman de Jean-François Duval. Il possède toute la force d’évocation et la simplicité que l’auteur a su donner à son œuvre, L’Année où j’ai appris l’anglais. Il y relate six mois de la vie d’un jeune homme de 18 ans, Chris, parti étudier à Cambridge. Après un grave accident de voiture, il décide de vivre pleinement son semestre à l’étranger. Au hasard des rencontres, Chris fait l’expérience de la diversité, à travers des amitiés insolites (Mike l’Irlandais, guitariste génial, Harry le colosse helvète, Suliman le Saoudien, Sakaï le Japonais carriériste…). Il découvre le désir et l’amour, qu’il croit absolu, en la personne de Maybelene.
Sous la légèreté du propos, l’auteur plonge avec pudeur au plus profond des sentiments, des doutes et des contradictions d’un garçon de 18 ans, qui n’est plus un enfant, mais pas tout à fait un homme. D’une écriture fluide et évocatrice, Duval fait renaître l’époque mythique des sixties. Pour ces jeunes à peine sortis de l’adolescence, 1968 rime avec les Clarks, les 33 tours et les films de Bergman. A mille lieues de la guerre froide et des évènements de mai, leur révolution est celle du rock’n’roll et de la découverte de soi sur fond d’Elvis et des Stones. Cette parenthèse unique, rythmée par la chanson de Bill Haley « Rock around the clock », les marquera à jamais, malgré l’inéluctable fuite du temps. L’auteur livre ici tout en délicatesse un hymne à la jeunesse et un tableau nostalgique des années 60, « le bon vieux temps du rock’n’roll » de Johnny.


L’année où j’ai appris l’anglais
Jean-François Duval
Editions Ramsay
Par constance - Publié dans : littérature
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